Chez les chiens porteurs de la mutation du gène mdr1, même à dose normale, certaines substances peuvent provoquer une intoxication médicamenteuse grave en atteignant le cerveau
Un gène responsable de la protection du cerveau
Ce gène sensible code pour une glycoprotéine appelée P-glycoprotéine (ou P-gp). C’est une protéine de transport essentielle qui expulse de nombreuses substances toxiques ou médicamenteuses hors des cellules. On la retrouve dans plusieurs organes, mais son rôle le plus critique est au niveau de la barrière hématoencéphalique.
Cette barrière est une structure très sélective, conçue pour protéger le cerveau en empêchant la plupart des molécules circulant dans le sang d’y pénétrer. La P-gp renforce ce contrôle en renvoyant à l’extérieur les substances indésirables.
Quand l’animal possède l’allèle muté (= version mutée du gène), la P-glycoprotéine n’est plus capable d’effectuer sa fonction. La barrière hémato-encéphalique devient alors beaucoup plus perméable : des molécules normalement bloquées peuvent entrer dans le cerveau. Et certaines d’entre elles sont susceptibles de causer des symptômes nerveux.
Quelles races sont concernées ?
Les races à risque sont principalement des races issues de lignées de chiens de berger, notamment :
- Colley (82%).
- Shetland (56%).
- Berger australien (52%).
- Berger blanc suisse (26%).
- Bobtail (8%).
- Berger allemand (4%).
- Border collie (3%).
- Quelques lévriers comme le whippet à poil long ou le lévrier soyeux (version plus petite du Barzoï).
Cette prévalence n’est pas due au hasard. Les travaux de Neff et coll. (2004) suggèrent que la mutation aurait pour origine un même ancêtre commun qui aurait vécu en Grande-Bretagne dans les années 1800, avant la sélection des chiens de troupeau.
La création des races de berger a ensuite probablement sélectionné cette mutation en même temps que les autres traits recherchés, tels que la docilité ou l’aptitude au travail. En se transmettant de génération en génération au sein de ces lignées, elle est ainsi devenue fréquente dans ces races.

Quels médicaments deviennent dangereux ?
Chez les chiens porteurs de la mutation du gène mdr1, même à dose normale, certaines substances peuvent provoquer une intoxication médicamenteuse grave en atteignant le cerveau. Les molécules à risque les plus connues sont :
– Des antiparasitaires : vermifuges (ivermectine, doramectine, milbémycine oxime…) ou antipuces (spinosad).
– Des antibiotiques, tel que le métronidazole.
– Des médicaments, tels que le métoclopramide ou le lopéramide.
Retrouvez ici une liste plus exhaustive : liste des médicaments interdits MDR1.
Cette sensibilité médicamenteuse ne s’arrête pas à ces molécules et l’administration de certains médicaments de chimiothérapie (vincristine, vinblastine, doxorubicine) ou d’anesthésie, comme le butorphanol, par exemple, demanderont des précautions particulières de votre vétérinaire lors de leur utilisation chez des animaux porteurs du gène muté.
Mutation, hétérozygote, homozygote : ce que cela change
Le chien peut avoir :
- Deux copies mutées (homozygote muté) : c’est le cas le plus à risque. La P-gp est quasiment absente. Aucune molécule à risque ne doit être administrée.
- Une copie mutée et une copie normale (hétérozygote) : la P-gp fonctionne partiellement. Le chien est plus sensible, mais moins que l’homozygote muté. Dans la pratique, on reste très prudent.
- Aucune mutation : le chien est « normal ».
Même hétérozygote, il existe des cas d’intoxication rapportés. La prudence reste donc la règle.
Comment savoir si son chien est porteur ?
Lorsque vous adoptez une race à risque, avoir un éleveur qui connaît le statut des parents quant à cette mutation est souvent un gage de confiance.
Mais malgré cela, on conseille au propriétaire de faire tester leur animal. C’est un acte de prévention essentiel à faire une fois dans la vie de son chien. Pour le faire, consultez votre vétérinaire. Le test mdr1 est réalisable en même temps que n’importe quelle autre consultation, même lors des vaccins d’un chiot. Prévenez toutefois votre vétérinaire afin de s’assurer qu’il dispose bien du kit de prélèvement.
Ce test ADN se réalise très simplement :
- par écouvillon buccal (coton-tige frotté dans la bouche).
- par prise de sang.
En France, la réglementation impose que ce type de prélèvement soit réalisé par un vétérinaire. Si on vous présente un résultat de test qui ne respecte pas cela, méfiez-vous alors du résultat qui vous est présenté et refaites-le avec votre vétérinaire.
Les résultats indiquent clairement si le chien est +/+ (homozygote normal), +/- (hétérozygote) ou -/- (homozygote muté), et donc son niveau de risque.

Que se passe-t-il si un chien MDR1-muté reçoit un médicament à risque ?
Signes cliniques
Lorsque la molécule traverse la barrière hémato-encéphalique, elle agit comme un neurotoxique (= molécule toxique pour le système nerveux). Les symptômes peuvent survenir entre quelques heures et 24 heures :
- Troubles nerveux : perte d’équilibre (ataxie), tremblements, hypersalivation, fatigue marquée, convulsions, coma dans les cas les plus graves
- Troubles digestifs : perte d’appétit, vomissement, diarrhée…
- Signe oculaire : mydriase (pupilles dilatées)
- Signe cardiaque : ralentissement du rythme
C’est une urgence vétérinaire absolue.
Prise en charge d’une intoxication MDR1
Il n’existe pas d’antidote spécifique. Le traitement repose sur la gestion d’une intoxication (hospitalisation avec perfusion, surveillance continue en cas de crises convulsives, etc.).
Le pronostic dépend de la dose ingérée et du statut génétique du chien. Les individus homozygotes mutés présentent les formes les plus sévères.
Pourquoi cette connaissance est essentielle ?
La mutation MDR1 est un exemple parfait de l’importance de la génétique en médecine vétérinaire.
Elle illustre aussi à quel point un médicament sans danger pour 99 % des chiens peut devenir potentiellement mortel pour les 1 % restants.
En tant que propriétaire, connaître le statut MDR1 de son chien permet :
- d’éviter les accidents d’automédication ;
- d’informer les vétérinaires et soignants pour adapter les prescriptions et utiliser des alternatives sûres.
Sources :
- Neff M.W. et al., Breed distribution and history of canine mdr1-1Δ, a pharmacogenetic mutation that marks the emergence of breeds from the collie lineage, 2004
- Sakaeda T, Nakamura T, Okumura K., Pharmacogenetics of MDR1 and its impact on the pharmacokinetics and pharmacodynamics of drugs., 2003
- Hart K., Multidrug resistance 1 (MDR1) gene mutation in dogs, 2024
- Lerdkrai C., Phungphosop N., Prevalence of the MDR1 gene mutation in herding dog breeds and Thai Ridgebacks in Thailand., 2021
- ANTAGENE. (s.d.). La Sensibilité Médicamenteuse – MDR1. ANTAGENE. Repéré le 7 décembre 2025, à https://antagene.com/fiches-chien-chat/sensibilite-medicamenteuse-mdr1
- Bourbonnais, G. (s.d.). MDR1 : Les molécules dangereuses (sensibilité médicamenteuse). Collie-Online. Repéré le 7 décembre 2025, à http://www.collie-online.com/colley/mdr1/mobile/index.htm
